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La massification des systèmes scolaires depuis les années 1960 a été portée par trois promesses. L’école démocratique de masse devait être plus juste et moins inégalitaire que la vieille école républicaine. Cette école devait aussi développer les compétences, favoriser la croissance et être utile à tous les élèves. Enfin, elle devait favoriser la confiance et l’adhésion aux valeurs de la démocratie. Ce livre se propose de tirer les leçons du long processus de massification, et le bilan est pour le moins nuancé. L’école démocratique de masse a sans doute réduit les inégalités scolaires, mais elle a surtout transformé le mode de production de ces inégalités en accentuant la compétition dégageant les vainqueurs et les vaincus de la massification. La multiplication des diplômes a également creusé les écarts, depuis les plus rentables jusqu’à ceux qui n’apportent plus grand chose. Enfin, avec la massification, les plus diplômés adhèrent aux valeurs démocratiques et libérales, pendant que ceux qui le sont moins perdent confiance, s’abstiennent ou choisissent les forces populistes et autoritaires. En définitive, la massification scolaire a été très favorable aux vainqueurs, beaucoup moins aux vaincus. Or les inégalités scolaires ne sont pas seulement une injustice ; leurs effets menacent la cohésion sociale et la démocratie elles-mêmes. L’égalité des chances ne peut pas être notre seul idéal de justice. François Dubet est professeur émérite à l’Université de Bordeaux et directeur d’études à l’EHESS. Il a notamment publié au Seuil Le Tempsdes passions tristes (2019).Marie Duru-Bellat est professeure émérite à Sciences Po-Paris. Son dernier ouvrage publié est Le Mérite contre la Justice, Presses de Science Po (2019).