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En 1973, par autorisation spéciale des autorités et parce qu'il a reçu un important prix littéraire, Breyten Breytenbach effectue, après treize ans d'exil, un séjour de trois mois dans son pays, l'Afrique du Sud, en compagnie de son épouse, une «non-Blanche», selon l'apartheid. C'est pendant cette «saison au Paradis», sous le double patronage de Rimbaud et de Van Gogh, qu'il écrit ce récit, composé de notes de voyage, de souvenirs d'enfance, de réflexions, de poèmes, célébration lyrique, chargée d'émotion. Mais qu'on ne s'y trompe pas : sous l'apparent désordre que ne structurent que les étapes du voyage et la succession des jours, une pensée se construit, forte, sensible, ardente. Cet écrivain qui parcourt son pays, c'est un exilé qui jette un regard du dedans et du dehors sur une terre déchirée. «Tous ensemble, aveuglément et laborieusement, comme des fourmis, nous avons traîné ce pays au bord de l'enfer. Maintenant, nous pouvons parler si fort que nous ne sommes plus capables de distinguer entre le crépitement des flammes et le claquement de nos dents.» Notons, cependant, dans la préface : «Ce livre était un manuel, une préparation à la prison : comment se faire coincer en dix pas. En 1975, je suis retourné au Paradis, je me suis précipité là où les autres avaient peur de poser le pied, j'ai dansé ma danse non dansée, j'ai été ramassé par les anges et, subséquemment, on m'a envoyé dans les sept années et demie suivantes être décomposé dans l'empreinte de la structure absente.» Est-ce pour cela que ce livre est aussi «un chant funèbre pour une jeunesse à jamais perdue» ?