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Murée dans la solitude, une femme observe chaque jour une fenêtre de l'immeuble d'en face. Derrière cette vitre, c'est le néant absolu. Alors, pour tromper son isolement, pour combler le vide, elle écrit en regardant la fenêtre. Elle s'invente des histoires, recrée un monde, effleurant l'espoir qu'un visage vienne se coller là, tout près, juste de l'autre côté de la rue des Martyrs. Un jour, l'événement se produit : un homme emménage dans l'appartement. Emue et intriguée, l'héroïne pressent que son existence pourrait être bouleversée. Avec ses jumelles, elle épie la vie de Luca, elle dont le quotidien étriqué est marqué par la fatalité et l'incomplétude. Au fil de ces séances, où Luca est surveillé, analysé, disséqué dans ses moindres faits et gestes, naissent une relation amoureuse fantasmée, des délires obsessionnels et des lettres passionnées. Luca devient l'amant sublimé par le rêve et le désir. Au début, celui-ci ne remarque rien. Et puis, il sent une présence. Il y a cette ombre informe, figée et menaçante qu'il distingue vaguement, en face. Ce journaliste, habitué à se cacher derrière l'objectif de la caméra, à l'abri du regard de l'autre, ne supporte plus d'être épié et traqué. Sa vie tournerait au cauchemar si, un matin, il ne trouvait une mystérieuse carte postale dans sa boîte à lettres... Avec des mots simples, Pia Petersen nous offre un drame poignant. L'écriture à la fois sobre et haletante nous enveloppe d'une atmosphère oppressante, à l'image de cette tension permanente qui habite les personnages, et de la canicule parisienne qui les étouffe. Laissant la parole tantôt à l'héroïne, tantôt à un narrateur qui met à jour les pensées et les émotions de Luca, l'auteur nous fait pénétrer dans l'intimité de ses personnages : on vit tour à tour les attentes, les souffrances, les frustrations de la quémandeuse d'absolu, et l'inquiétude croissante de Luca. A travers eux, Pia Petersen propose une réflexion sur l'altérité, quand l'autre est objet de délectable concupiscence et, comme l'a dit Sartre, enfer et danger. Pourtant, Pia Petersen le montre : c'est à travers le regard de l'autre que l'on se sent exister, dans le plaisir de se l'approprier et la crainte de se sentir à son tour dénudé. Dans cet univers fragile et obscur, Pia Petersen rend implicitement hommage à la puissance salvatrice de l'écriture : seul moyen, semble-t-elle dire, d'exorciser le mal et de communier avec l'inaccessible être aimé.