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La souffrance sociale est bien un objet susceptible d'être défini rigoureusement, et non pas seulement un slogan polémique que le sérieux scientifique conduit à rejeter. La connaître et la comprendre est le premier outil pour agir et revendiquer. La question de la souffrance est d'une actualité politique paradoxale. Si nos responsables politiques ne cessent de parler de la " souffrance des gens " ou de la " France qui souffre ", on continue de toutes parts à contester que le terme de souffrance puisse désigner de véritables problèmes sociaux, et faire l'objet d'un usage politique pertinent. Certains dénoncent dans la problématique de la souffrance la vision d'individus réduits à des victimes impuissantes. D'autres dénoncent le paternalisme d'un Etat qui prétendrait s'occuper du bonheur des individus. D'autres encore y voient une nouvelle figure du biopouvoir et une psychologisation, voire une médicalisation du social. Enfin, nombreux sont ceux pour qui la problématique de la souffrance fait écran à la perception juste du poids des structures de la domination et de l'exploitation À travers un examen critique des modèles théoriques par lesquels la sociologie et la psychologie, mais aussi l'économie politique, la médecine sociale et l'anthropologie médicale, ont tenté de décrire la souffrance, Emmanuel Renault montre que la souffrance sociale est un objet susceptible d'être défini rigoureusement. À l'époque du capitalisme néolibéral, une conception générale de la souffrance permet ainsi d'éclairer un certain nombre de débats théoriques brûlants (en psychologie et en sociologie du travail et de l'exclusion notamment) tout en contribuant à une relance de la critique adaptée à la forme actuelle de la question sociale. Décrire la souffrance vécue, la constituer en objet de récit et de connaissance contribue à sortir des pans entiers de la société de l'invisibilisation, à rendre aux individus une capacité de revendiquer et d'agir collectivement pour transformer les conditions de leur existence.