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Dans la seconde moitié du xvie siècle, pour illustrer le succès de leur pratique, des chirurgiens publient les récits de cures marquantes qu’ils ont réalisées, en visant un public qui s’étend bien au-delà du cercle des seuls spécialistes. Ils écrivent en langue vernaculaire plutôt qu’en latin, exploitant avec un art certain de la narration les circonstances particulières de ces cas cliniques. Ils font de leur métier une véritable aventure et cherchent à captiver l’attention du lecteur, tout autant qu’à transmettre un savoir. Leonardo Fioravanti, chirurgien et médecin empirique italien, raconte dans le Tesoro della vita humana (1570) une série de cures qui l’ont conduit, en dix ans, au gré d’une formation itinérante, de la Sicile à Venise, où il devient un auteur reconnu. Son contemporain, Ambroise Paré, revient à l’automne de sa vie, dans les Voyages (1585), sur les campagnes militaires lors desquelles il a su déployer toute la palette de ses talents en tant que chirurgien de guerre. Ce sont les liens qu’entretiennent au xvie siècle la carrière médicale et l’expérience clinique, le récit autobiographique et le soin des autres, qu’explore Ariane Bayle dans cet essai, en confrontant les écrits de ces deux chirurgiens-écrivains.