La création d'Alexandra Fontaine est avant tout alimentée par le voyage, l'étranger, l'errance de la marche et l'attachement à un certain paysage de son enfance. Le préambule en est la collection. En effet, elle amasse les ossements, les pierres, les racines, les coquillages... des fragments de nature qu'elle archive chez elle selon les lois et principes du cabinet de curiosités. Amie de la nature et des oiseaux, elle a fait de sa maison et de son « petit jardin qui sent bon le métropolitain » un havre de verdure et de couleurs (voir p. 100-101).
Son inspiration s'enracine au plus profond de cette nature : végétations, mondes aquatiques, vies animales constituent la matière première de son oeuvre, qu'elle nourrit à la bouche des poètes, de la puissance de leurs mots et de leurs rythmes : « L'acte de peindre commence comme une danse rythmique : le pinceau s'agite, les liquides se renversent, l'encre jaillit... puis tout se ralentit ; je regarde le résultat, et là commence la transe. Le temps s'arrête, je suis littéralement absorbée par l'oeuvre en train de se faire, les mouvements cessent et commence alors une longue méditation, un voyage à l'intérieur du paysage. »
Elle aime détourner le fait poétique et le mettre au service de son art. C'est sa façon de s'approcher au plus près du mystère de la vie mais aussi de celui de la mort :
« Quand je peins, je ne me demande jamais ce que je vais peindre. Perdue dans les profondeurs d'un jeu pictural où les matières s'évitent ou s'attirent, je fais remonter à la surface des choses inconnues, afin de les rendre plus inconnues encore : mystérieuses. »
L'ouvrage présente un large éventail des diverses pratiques d'Alexandra Fontaine : peintures sur papier, sculptures animales à l'ossature de fer revêtue de papier calligraphié, monotypes (empreintes uniques), masques, gargouilles... Autant d'oeuvres dont le point commun est le dialogue qu'elles entretiennent avec les auteurs et les poètes : Claud'Yvans et sa scansion rythmée et envoûtante, Alain Marc à la respiration si particulière, Michel Ménaché qui dit si bien les arbres et les oiseaux, Gil Rabier et son regard cinématographique, Marc Tamet dont les textes ont fait l'objet de « mises en voix ». Ces complices de longue date ou plus récents enrichissent ainsi la découverte de cette artiste discrète et talentueuse.
La hauteur du livre n'étant pas compatible avec le format kakemono de certaines grandes peintures, il sera nécessaire de le faire pivoter à la verticale. Petit exercice dont lectrices et lecteurs seront récompensées·és par la découverte des oeuvres sur une hauteur de 60 centimètres !
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