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Le texte d’Hortense Raynal, coupé en divers morceaux de vie, donne sa place légitime à des lieux de l’enfance et du foin, de la jeunesse ardente et de la vieillesse agricole dans un contraste magique et franc, où les mots de la terre accquièrent leur dimension miraculeuse : Oc, berger, souillarde, hostile, apiculteur sont autant de titres de poèmes ou de séries longues qui prennent l’air d’invoquer des mondes possibles, des ruralités fermes, parfois douces, parfois violentes.
On y sent une voix qui revient sur un monde connu et éprouvé, une terre aux noms multiples, et qui ressasse les mimiques d’un grand-père, les noms des villages alentour, les gestes, les épreuves, les habitudes. Puis, pris dans ce verbe affirmatif, on incarne ce corps qui parle et qui ne peut plus se taire ; on accueille en nous cette voix qui débride sa mémoire et son débit de parole, pour surgir de la page et entrer dans la tête ; aussi Ruralités est-il un texte oral, physique avant tout, parfois éprouvant comme une séance de sarclage, porté directement par le corps du texte en pâture, un corps énergique, suant.
Les divers chants des Ruralités parlent de leur voix propre, mouvante, directe, qui agrippent le lecteur pour le forcer à entrer dans le réel sans détour, avec les termes justes, pour lui faire voir ce qu’est la terre telle qu’on la vit, l’aime et l’éprouve, la hait parfois, pour qu’il la touche, la tâte, la mange.
Les Ruralités sont franches, s’oralisent, font une belle ode à l’Oc et aux réalités qu’on n’ose pas voir dans le verbe poétique. Dans un vers très rythmique, dans des formes poétiques parfaitement adaptées, les Ruralités rappellent une sorte de langue sacrée d’en bas, sincère, comme une invocation. On y sent quelqu’un qui se tient debout, devant le texte, qui parle en nous tenant la nuque, et qui s’emporte, veut absolument tenir sa phrase, supporter son passé pour lui donner sa valeur propre.
On pense un peu aux souvenirs ruraux de Paola Pigani, aux folies naturelles de Savitzkaya ; mais surtout, dans ce beau texte, on voit se dessiner la sincérité et l’affirmation d’une déjà grande poétesse, Hortense Raynal, dont la voix porte haut et fort et dont le premier recueil, par son éloquence, son verbe fort et sa franchise, n’a rien de la posture.