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Quelles formulations trouvons-nous dans l’Antiquité grecque de ce que nous appelons « sentiment de soi »? Sans prétendre à l’exhaustivité, l’exposé conduira d’Homère aux stoïciens. En premier lieu, chez Homère puis chez Platon, ce qui s’impose est le multiple dans l’âme : c’est la considération de ce multiple qui permet de comprendre le dialogue avec le θυμόϛ chez Homère, et l’importance chez Platon de la différence normative entre harmonie et dysharmonie. L’unité qui n’est pas immédiate ne peut être assurée que par un agencement qui assure l’harmonie, alors régi chez Platon par l’intellect qui est en nous une part divine. L’idée d’une hospitalité psychique, qui vaut pour l’intellect conçu comme δαίμων, apparaît bien distincte de ce qu’enveloppe un sentiment de soi.
On s’intéressera ensuite à certains aspects de l’œuvre d’Aristote. Que peut signifier cet énoncé qu’Aristote formule au détour de l’analyse de l’action, sans s’y arrêter, ni le développer, selon lequel on ne saurait s’ignorer soi-même? On s’attachera également au célèbre passage de l’ Éthique à Nicomaque (IX, 9) que Jacques Brunschwig avait qualifié de « texte aristotélicien le plus directement pertinent, concernant la notion de conscience ».
À partir de cette autre formule d’Aristote, d’après laquelle « on est en quelque sorte semblable à soi-même », on cherchera à comprendre les ressorts du changement qui s’opère d’un tel énoncé à la problématisation stoïcienne de l’οἰκείωσιϛ. Celle-ci a pour cadre une enquête sur le vivant, sa constitution et l’organisation de ses parties. Elle permet de rendre compte de la circulation des informations sensibles au sein du vivant, laquelle requiert la reconnaissance d’une certaine tension. Plutôt que d’une sensation, il faut parler d’un sentiment – d’une sensation augmentée d’un lien affectif au proche. Si marquées que soient les distinctions stoïciennes en morale, on sort ainsi de la domination exercée sur la réflexion par la distinction normative entre l’homme bon et l’homme mauvais.