Le destin d'Otto Gross (1877-1920), un des plus turbulents,
mais aussi l'un des plus brillants disciples de Freud, mort de pneumonie
quelques jours après avoir été retrouvé inanimé, vaincu par
le froid et par la faim, dans l'entrée d'un immeuble de Berlin, a
fasciné l'Europe entière : Apollinaire et Cendrars, mais aussi Max
Brod, Werfel et Kafka lui ont consacré des lignes inoubliables.
Fils d'un pénaliste et criminologue renommé, Otto Gross avait
entamé une carrière de médecin psychiatre. Il découvrit avec
enthousiasme la psychanalyse et, autour de 1907, joua un rôle
important dans le mouvement freudien. Toxicomane, figure de la
bohème intellectuelle, artistique et révolutionnaire de Schwabing,
à Munich, il combina l'immoralisme, le freudisme et le nietzschéisme
pour élaborer un programme de libération sexuelle et
de révolution culturelle qui apparaît comme une préfiguration
des «freudo-marxistes», de Wilhelm Reich et Erich Fromm à
Herbert Marcuse. Proche des soeurs von Richtofen et du cercle
de Max Weber, il attira sur lui l'attention réprobatrice du grand
sociologue.
Considéré comme un malade mental depuis sa cure tumultueuse
sous la conduite de C. G. Jung, à la clinique Burghölzli,
en 1908, mais aussi comme un redoutable ennemi de la société,
Otto Gross fut poursuivi par son propre père, qui usa de toute
sa science et de tout son entregent pour déchaîner contre lui les
polices et les tribunaux autrichiens et allemands. Cette guerre à
outrance entre père et fils apparut aux expressionnistes contemporains
comme le psychodrame oedipien dont la réalité dépassait
la fiction.
Le présent volume rassemble les principaux essais théoriques
et manifestes révolutionnaires d'Otto Gross.
Jacques Le Rider
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