Proust et l'adoption
Dans l'ignorance, vraie ou feinte, des lois de son époque, Proust
suspectait des homosexuels de sa connaissance, le romancier Abel
Hermant ou le patron de presse Léon Bailby d'être les étranges
pères de jolis « fils adoptifs ». Il craignait aussi, par une mauvaise
interprétation du droit nobiliaire français, que le duc de Montmorency puisse, en épousant Mme Blumenthal, adopter le fils de cette
dernière et lui transmettre son titre. Et il était scandalisé que son
ami Pierre de Polignac ait accepté de se marier avec la fille naturelle
et adoptive du prince de Monaco.
Dans son snobisme et son conservatisme, Proust se disait horrifié
qu'un roturier fût susceptible d'entrer par adoption dans une
famille de vieille aristocratie ou que « la solennité des sacrements
d'une forme juridique » vienne « parer » aux couleurs de « l'inceste »
une « banale aventure d'homosexualité ».
Et À la recherche du temps perdu paraît frappée d'une épidémie
d'adoptions aberrantes, le plus souvent punies par leur prolongement en mariages malheureux, les deux institutions du mariage et
de l'adoption conçues comme équivalentes ou fonctionnant en
synergie de passerelles sociales. Par exemple, faute d'adopter le Narrateur ou le jeune Morel de son coeur, le baron de Charlus adoptera
la nièce de Jupien et dans l'espoir de s'introduire en tiers dans le
couple qu'elle ira former avec un Léonor de Cambremer de moeurs
suspectes. Et M. de Forcheville adoptera Gilberte Swann, bientôt
l'épouse d'un marquis de Saint-Loup amateur de garçons.
We publiceren alleen reviews die voldoen aan de voorwaarden voor reviews. Bekijk onze voorwaarden voor reviews.