Comme le rappelle le poète et critique Nuno Júdice,
la poésie portugaise a été marquée, tout au long
du XXe siècle, par le perturbant «conflit entre l'être
qui vit dans un monde habité par la déception et l'être
poétique installé dans son coin, hanté par le solaire et
furieux désir d'une réalisation impossible. Ce conflit,
correspondant à l'état des choses au Portugal dans les
années 70, est l'expression d'un drame plus profond,
vécu au cours des plus grands moments poétiques de ce
siècle : de Fernando Pessoa - essayant d'y échapper par
la création des hétéronymes, qui prêtent leurs voix aux
interlocuteurs d'un dialogue que l'époque lui a refusé -
à Jorge de Sena, qui crée la figure de l'exilé, à la manière
de Camões, pour mythifier le sujet poétique. Ruy Belo,
le dernier de cette lignée, suit le chemin inverse ; et il
nous entraîne avec lui, à la recherche de la source la plus
pure de ce sentiment poétique qui place le poète à l'écart
sur la frontière du sacré, où les dieux ne veulent plus de
lui, et où les hommes ne l'acceptent pas encore».
Ruy Belo et Jorge de Sena, chacun avec sa singularité,
ont ainsi fortement influencé la littérature de la fin
du siècle dernier, et ouvert le chemin à d'autres voix
futures.
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