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« On ne guérit jamais de son enfance. Voilà pourquoi hier, aujourd’hui, demain, ici, là- bas, ailleurs, dans une ronde obsessionnelle, les quais du Havre réapparaissent dans l’œuvre de Richard. La brume de la Manche efface toute réalité, gomme les contours de ces paysages urbains de ruines écrasées par le souffle de la guerre ou par la faillite des ères industrielles, fait naître d’autres formes, oniriques celles-là. Ses nombreuses façades- décors, sorte de signatures, sont à l’image de celles restées debout dans les champs de gravats des villes bombardées. Cette confrontation sans fin à son passé le mène à l’invention d’un langage pictural, décliné en noir et gris d’abord, puis en couleur, sous une infinie variété stylistique d’espaces temps, de formats et de supports. Richard s’empare de ces interstices qui séparent les mondes du réel et de l’imaginaire. La mer n’est jamais absente, non pour ses lointains, mais pour qu’y montent la lune ou le soleil, qu’y volent des oiseaux de nuit ou de mer, qu’y naviguent des bateaux. L’humain n’a pas ou très peu de place dans ces rêves tracés à la mine de plomb, parfois soulignés d’un trait de couleur, aube ou crépuscule. Ce sont toujours de petites silhouettes, des « bonshommes », sortes de virgules- funambules sous-dimensionnées. Peut-être le reflet de l’artiste qui dira, après la sidération que fut la mort de Patrice Chéreau, « j’ai perdu mon balancier ». L’artiste en funambule, la définition est tentante. » Extrait du texte de Martine Kahane