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L'enfant-soldat africain… Nous en avons une image en tête : celle qui fait se percuter l'innocence de l'enfant et la violence du bourreau, celle qui fait déborder la kalachnikov d'un corps encore frêle, qui fait jaillir les exactions des guerres civiles africaines. Figure de l'entre-deux rendant poreuses les frontières communément admises entre l'enfance et l'âge adulte, entre la puissance et la vulnérabilité, entre la victime et le bourreau, l'enfant-soldat est un visage marquant de notre contemporanéité. Il n'est guère étonnant de le voir devenir personnage littéraire : l'enfant-soldat africain a été puissamment mis en roman, dans un geste de genèse, entre 1985 et 2010. Or loin de prolonger l'imaginaire d'une figure de l'enfant-soldat pétrie de violence, les romans africains anglophones et francophones la renversent et la constituent en témoin bien imprévu. Ce témoin, dans les différents contours qu'il prend au sein de la pensée théorique contemporaine, l'enfant-soldat fictionnel l'incarne autant qu'il le déborde. C'est alors vers l'Antiquité qu'il faut tourner notre regard pour faire surgir une figure testimoniale souvent oubliée, à l'intersection du juge et du témoin. Si l'enfant combattant s'arme de sa parole et s'il arme sa parole, c'est pour faire advenir une figure pleinement singulière, celle du témoin aussi marginal qu'inattendu, aussi éthique que politique : le témoin arbiter.