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Ce que je vais faire maintenant, c’est piocher parmi toutes ces bonnes et vous parler de quelques filles particulièrement inoubliables parmi celles qui ont servi chez Chikura Raikichi... mais mon intention est tout de même d’en faire un roman, et il n’est pas dit que je ne mettrai pas un peu de moi au milieu de l’ensemble.Une domesticité pléthorique dans les maisons de Raikichi – alias Tanizaki – et des bonnes en surnombre auxquelles le maître des lieux est attaché comme à ses propres enfants et qui sont les véritables héroïnes de ce roman : bonnes de lointaines provinces aux accents énigmatiques, cuisinières attentionnées qui papotent du matin au soir, domestiques aux multiples talents dont il fait tendrement les portraits, avec délicatesse et sur un ton sensible et enjoué, dans lesquels on lira en creux le portrait de l’auteur.Si Paix dans les cuisines est un hommage à toutes les bonnes qui ont partagé sa vie, ce livre est en même temps un roman autobiographique où Tanizaki, tout en racontant la vie de sa maisonnée par le petit bout de la lorgnette, dans une continuité chronologique presque linéaire de 1936 à 1963, s’amuse à jouer le rôle du grand écrivain dans son intimité domestique. Pour le plus grand plaisir de ses lecteurs qui, derrière le chapelet d’anecdotes qui se succèdent, ne doutent pas ainsi de surprendre des secrets d'alcôve ou des révolutions de cuisine.
De Tatouage à Bruine de neige, Tanizaki Jun’ichirô (1886-1965) a revisité toutes les pièces de l’immense maison du roman, en véritable possédé de l’écriture. Si on a souvent eu tendance à le suivre dans la chambre des femmes et du désir sexuel, ses textes sont des machines d’observation et de construction, au service de sa passion pour les langues et les cultures, occidentale, chinoise, autant que japonaise. Tanizaki occupe le sommet de la littérature mondiale à la recherche de l’altérité.