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Au ve siècle av. J.-C., les Athéniens pouvaient exiler pour dix ans un citoyen soupçonné d’aspirer à la tyrannie, sans autre forme de procès. Le nom de la victime était inscrit sur des tessons d’argile : les ostraka. Conservés par milliers, ces fragments de poterie livrent aujourd’hui une parole populaire d’une rare intensité : aux noms s’ajoutent parfois des dessins moqueurs et des injures cinglantes adressées aux figures honnies de la cité.
Souvent conçue comme un instrument d’oppression populaire, la procédure d’ostracisme était en réalité fort régulée : arbitraire dans son principe, elle était encadrée dans son déroulement et limitée dans ses effets. C’est ce qui explique qu’elle fut globalement acceptée, y compris par ceux qui en furent la cible. Elle permit de domestiquer les citoyens les plus puissants sans provoquer leur défection ni leur révolte.
S’appuyant sur une documentation iconographique exceptionnelle, Vincent Azoulay enquête sur l’une des institutions les plus déroutantes de la démocratie athénienne. Il en met au jour le moteur caché – l’honneur et l’infamie – et en explore les résurgences de la Florence de la Renaissance à la Révolution française, jusqu’aux usages contemporains du « dégagisme ».
Biographie
Vincent Azoulay est directeur d’études à l’EHESS et consacre ses recherches à la démocratie athénienne. Il a notamment publié Périclès. La démocratie à l’épreuve du grand homme (Armand Colin, 2010), Les Tyrannicides d’Athènes. Vie et mort de deux statues (Seuil, 2014) et, avec Paulin Ismard, Athènes 403. Une histoire chorale (Flammarion, 2020).