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Notre-Dame-des-Anges est un audacieux roman sur l’amour et la montée des ténèbres, entre 1938 et 1944. Il est composé à partir de deux mille lettres conservées dans un grand carton. Henri et Marcelle, les grands-parents de la narratrice, s’écrivent plusieurs fois par jours des mots brûlants. Marcelle est pianiste. Henri est directeur artistique d’une firme américaine de pianos mécaniques. Ils se sont connus à Paris, avant-guerre, à l’occasion d’un enregistrement. Henri est marié à Rachel, une chanteuse. Mais Rachel est malade. Il vit avec elle à Liège dans une clinique : Notre-Dame-des-Anges.
Henri aime Rachel. Il aime aussi Marcelle. Deux évidences pour lui qui, certains jours, l’aveuglent au point qu’il n’y voit plus rien. Des pensées effrayantes le traversent. Et si Marcelle le quittait ? Parfois, l’état de santé de Rachel l’accable au point d’espérer oublier Marcelle. Parfois, il trouve, dans les mots qu’ils s’écrivent avec Marcelle, la force de soutenir Rachel dans la maladie. On découvre que Marcelle aussi a une amante, la mystérieuse Mary. Le trio s’avère être un quatuor.
Ce ne sont pas des anges mais des êtres libres et ardents qui se voient clandestinement dans des cafés, font l’amour dans des hôtels, ou glissent des talismans dans leur courrier. L’amour de la musique les unit et les porte, tandis qu’autour d’eux, tout s’effondre. La fable intime s’inscrit dans une histoire plus vaste. Où les individus n’ont parfois pas d’autre choix que celui d’une vie communautaire précaire, dans une pension qui abrite, en 1944, des étrangers et des réfugiés. Célia Houdart livre un roman bouleversant à partir de ces archives. Entrelaçant sa voix et celles de sa famille, les mots et les corps, elle parvient, avec cette correspondance, et tout ce qu’elle lui révèle, jusqu’à l’expression de son propre désir, l’affirmation de soi, la sortie de l’invisibilité. La lecture de ces trajectoires humaines dans la violence de l’Histoire devient une fiction et un miroir pour elle-même et pour chacun d’entre nous aujourd’hui.