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« — Maman ? Elle pliait des feuilles de bananier et les fourrait de viande en sauce. — Pourquoi je n’ai pas un sexe de fille ? Elle s’est redressée. Elle a ri, gênée. — Mais d’où vient cette question ? Je n’ai rien répondu. Elle n’a pas insisté. Elle est simplement retournée à ses plats mais j’ai trouvé son geste plus nerveux. Mes amis, ma mère, pour eux tout avait l’air évident. J’étais un garçon. Cette certitude n’appelait ni question ni réponse.»
Giovanna naît à Bogotá en 1969 dans un foyer modeste. Elle a un prénom masculin "Jo", un corps de garçon et l’évidence d’être une fille. À 12 ans, elle s’enfuit de chez elle, étouffée par la présence d’un père violent, menteur et resquilleur. Elle revient six mois plus tard, un amoureux à son bras. Mais son entourage lui impose le caractère et les postures d’une masculinité qu’elle n’a pas choisie. À 15 ans, elle prend son envol et ouvre un salon de coiffure. Quant à l’amoureux, il veut un amoureux, pas un travesti, alors ils se quittent. Bogotá n’est pas tendre avec les personnes trans. Victimes du conservatisme ambiant, on les retrouve assassinées au petit matin, dans l’indifférence générale. Pourtant, Giovanna impose son prénom, son identité et son genre. Mais le sida arrive et tout s’écroule. Séropositive, condamnée par son médecin à ne vivre que trois ans, elle décide de vivre encore plus et prend l’avion pour Rome. Ses copines y « font le travail du sexe » et gagnent de quoi acheter une maison à leur mère. Mais elles meurent aussi du sida sur un bout de trottoir. Giovanna survivra. L’histoire de Giovanna se conjugue sous le double signe de la violence et du désir. Malgré la pauvreté, les coups, l’absence d’éducation, la non-reconnaissance de son genre, le VIH, Giovanna est devenue celle qu’elle savait être. Dans ce récit d’apprentissage, Gioviona Rincon se raconte avec la complicité de son amie Stéphanie Malphettes. A deux, elles nous livrent le récit d’une vie hors du commun où la vie et la mort, la violence et la douceur, l’amour et la colère se tutoient. Un livre de combat et de liberté.