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L’« animisme » de certaines sociétés non-modernes est considéré par les anthropologues Eduardo Viveiros de Castro et Philippe Descola comme un antidote à la modernité technoscientifique et à son impact écologique. C’est la thèse du « tournant ontologique ». Mais de quoi s’agit-il exactement et sur quoi se fonde-t-il ? Dans ce texte paru dans une revue de théorie ethnologique, David Graeber répond à une interpellation de Viveiros de Castro sur des questions fondamentales de connaissance de l’altérité radicale. Doit-on respecter le point de vue indigène, quoiqu’il arrive ? Est-ce « colonial » de le discuter ? Quelle est l’attitude des indigènes, d’ailleurs, notamment en ce qui concerne les esprits et pouvoirs supposés magiques ? Avec le style qu’on lui connaît, Graeber montre que la position de Viveiros de Castro correspond en réalité à un refus de connaître et, par là, une incapacité à identifier les effets de pouvoir. Il en conclut que le « tournant ontologique » est plus conservateur que révolutionnaire. Le texte est précédé d’une introduction détaillée de Fabrice Flipo et Guillaume Plin, qui le remettent dans son contexte et en situent les enjeux. Graeber ne discute pas directement des « philosophies du vivant » mais les implications de son analyse sont nombreuses. En particulier, il n’est pas besoin d’être « animiste », il suffit de reconnaître le vivant quand tel est le cas. L’altérité radicale, suivant Graeber, c’est la réalité telle qu’elle se donne, dénuée des effets de pouvoir. Et les indigènes en sont parfaitement conscients.