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Écrire l’histoire de la devise républicaine, c’est faire de la contre-histoire. Il suffit de considérer les noms des principaux auteurs ou penseurs de la devise républicaine, Robespierre, Pierre Leroux, Louis Blanc, pour ne citer que quelques-uns de ceux qui seront étudiés dans ce livre, pour comprendre qu’ils ont été, dans des modalités certes diverses, allant de la pure et simple ignorance au mensonge ou à la moquerie et au dédain, destitués de leur paternité. Ceux qui croient que les idées n’ont pas d’effet dans l’histoire et que la manière de raconter le passé n’influe pas sur le présent et sur l’avenir se trompent. Je ne sais pas si elles dirigent le monde, mais il n’est pas surprenant de constater, sur la base de cette histoire falsifiée, que le républicanisme soit devenu en France une philosophie conservatrice, voire réactionnaire, servant à légitimer les intérêts des classes les plus favorisées et à entretenir l’image sépia d’une France qui n’a jamais existé. Si ce n’est pas surprenant, c’est toutefois désolant et inquiétant. En proposant ce livre sur la devise, j’ai voulu écrire une histoire de la doctrine républicaine française du point de vue des républicains eux-mêmes, c’est-à-dire de ceux qui se sont battus pour elle, plutôt que du point de vue de ceux qui l’ont combattue et ne s’y sont ralliés que lorsqu’elle avait vaincu. J’ai cherché à présenter cette doctrine telle qu’elle a été élaborée non par ceux qui voulaient occuper les places mais par ceux qui voulaient, quoi qu’il puisse leur en coûter, produire un effet moral et affirmer un idéal, celui de la République démocratique, sociale et laïque. V. P.