Par Sigmund Freud, une étude de cas appartenant au corpus fondateur de la psychanalyse.
«rJe suis couché dans mon lit (…). Soudain, la fenêtre s’ouvre d’elle-même, et je vois avec un grand effroi (...) quelques loups blancs. (…) Les loups étaient tout blancs et avaient plutôt l’air de renards (…), car ils avaient de grandes queues comme des renards et leurs oreilles étaient pointées comme chez les chiens quand ils guettent quelque chose. En proie à une grande angoisse, celle manifestement d’être dévoré par les loups, je poussai un cri et me réveillai. » Le secret du rêve sera dévoilé à la lecture. L’Homme aux loups intéressera tous ceux que le problème du temps préoccupe. Le nœud théorique est celui de la névrose infantile sur laquelle se construit la névrose d’adulte, et de la différence de la psyché infantile par rapport à la psyché adulte. S’il est plus facile d’analyser un enfant qu’un adulte, les processus culturels de refoulement ne s’étant pas encore structurés, la plus faible conscience de l’enfant ne lui permet pas d’analyser aussi bien qu’un adulte ce qu’il perçoit, tandis que ce dernier a un accès plus difficile que l’enfant aux strates de sa mémoire. Le second problème est l’atemporalité de l’inconscient. Hanté par une image archaïque, celle d’un accouplement de ses parents en levrette, la position « préhistorique » pour Freud, Serge Pankejeff vit dans le temps éternel des contes. En reconnaissant son « arrêt sur image » inconscient, il tente de remettre le film en marche et d’apprivoiser ainsi sa terreur de la scène. Freud l’aidera en mettant une borne à cette analyse, calquant le processus de l’analyse sur celui de la vie humaine. Geste qui dit en substance : vous n’êtes pas immortel. Le problème du temps est aussi abordé par un dialogue explicite avec Jung sur la part de phylogenèse et d’ontogenèse dans la formation des processus inconscients. Freud penche pour cette dernière. Pour lui, si la névrose de l’homme aux loups ressortit à l’universel complexe d’Œdipe, ses images et ses fantasmes (comme son identification à Jésus, sa crainte de Dieu le Père, son attirance pour les paysannes et les servantes, sa fascination pour les martyrs, son homosexualité refoulée) forment un vocabulaire personnel, sans quoi la cure n’aurait pas de sens. Mais Serge Pankejeff retombera en maladie après une brève guérison. Quelque chose, chez l’homme aux loups, semble toujours défier l’analyse. C’est aussi le charme de ce court ouvrage : on a malgré tout, en le refermant, le parfum entêtant d’un mystère.
(D. Berthezène)
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