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Aux XVIIIe et XIXe siècles, ici particulièrement explorés, l’amitié s’exerce à côté de la famille et des institutions aux solides soubassements. Traversée à l’époque des Lumières par la question de l’espace public et politique, l’amitié devient également l’occasion d’élaborer une parole de proximité, un code de l’intime. C’est ce bricolage de subjectivité à subjectivité, cette combinatoire du possible et du dicible qui ont retenu l’attention de l’auteur dans des écrits tels que les traités de savoir-vivre ou du bonheur, les lettres échangées, les journaux intimes, les autobiographies, les mémoires, les écrits philosophiques et politiques, toujours à la frontière de la mise en scène, et la fiction véridique. Des conceptions nouvelles se dessinent : ainsi quand s’invente l’adolescence, l’amitié juvénile devient formatrice de la personnalité. En revanche, il existe aussi des reculs. Les possibilités de l’amitié mixte, à peine expérimentées au XVIIIe siècle, s’éloignent au XIXe siècle quand la séparation des sexes prime. La fraternité virile, hantée par la nostalgie de l’épreuve guerrière, s’affirme d’autant plus au contact d’une compétition sociale devenue aiguë. D’autres disparitions ont également frappé Anne Vincent-Buffault : ainsi en-va-t-il d’un discours et d’une réflexion sur l’amitié au XVIIIe siècle, sujet d’un véritable débat qui se transforme en vide éditorial au XIXe siècle. Il ne subsiste alors que le florilège, le recueil de citations, le poème de circonstance, les conseils d’éducation, c'est-à-dire des pensées fragmentées. Des résurgences s’observent enfin : l’amitié est souvent clandestine, venant nouer de nouvelles subjectivités politiques, redécouvrant des circulations d’amour et d’amitié que l’imaginaire des lumières comparait à un fluide. Il en est ainsi des expériences amicales initiatrices sous le signe de l’utopie ou du militantisme au XIXe siècle.