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« Tout ce que Louis Brauquier ne nous avait pas dit dans ses poèmes, voici que ses lettres nous l'apportent. » André Roussin, de l'Académie française. Édité chez Gallimard, le poète Louis Brauquier a obtenu, en 1971, le Grand Prix de Poésie de l'Académie française. À cette consécration officielle, il préférait pourtant l'idée de continuer à vivre pour les générations à venir : "Dans cent ans, écrit-il à Gabriel Audisio le 27 mai 1931, ou peut-être même cinquante, trois jeunes gens sur le port de Marseille réciteront et confondront les vers de nos poèmes, et ne sauront pas nos noms, mais se souviendront d'une parfaite, humaine et poétique amitié qui, de ce port, aura fleuri à l'autre bout de la terre, et sur toutes les mers". L'amitié et la poésie : voilà bien ce qu'on trouve dans les lettres échangées, toute leur vie, entre Louis Brauquier et Gabriel Audisio. Tout aurait pu, tout aurait dû les séparer : leurs opinions politiques opposées, leurs carrières divergentes, les séjours de Brauquier dans les pays lointains (Sydney, Nouméa, Alexandrie, Colombo, Shanghai), la lettre leur permet de surmonter cela. Mieux, l'absence leur permet de s'enrichir de leurs différences, et de se retrouver dans l'amour commun de la belle poésie. Dans l'immense correspondance, léguée par Louis Brauquier aux Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Roger Duchêne a choisi, les lettres à l'ami, de ses vingt ans jusqu'à sa retraite. Les relations des deux hommes s'y expriment, sur un fond de variété et de pittoresque. Un monde disparu revit, au rythme des bateaux qui vont et viennent d'un port à l'autre, ces bateaux que Louis Brauquier accueille dans les villes lointaines, au nom des Messageries Maritimes, dont il était l'Agent. Ce témoignage exemplaire sur la poésie et l'amitié, raconte aussi la vie d'un homme, avec son labeur quotidien, ses joies et ses peines, dans un style où le poète se révèle un merveilleux prosateur, aussi non-conformiste dans sa manière d'écrire, que dans sa façon de penser.