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Géographe d’envergure proprement planétaire, familier des phénomènes de glaciations et des immenses espaces sibériens, Pierre Kropotkine (1842-1921) mériterait d’être qualifié, souverainement, de «Prince de l’anarchie». Prince, il l’est de fait, par son appartenance à l’aristocratie russe, au point de faire partie de la cour des Pages du Tsar, et Anarchie, par sa décision, unique dans l’histoire, d’abandonner ses terres, son rang d’officier des Cosaques, et de s’engager comme militant à part entière de l’action et de la pensée anarchistes, dont il rédige des textes devenus des références incontournables – sur l’éthique, comme souci majeur de l’homme, la solidarité comme principe de l’évolution, l’esprit de révolte comme structure inhérente de l’âme humaine (L’Homme révolté, comme dira Camus). L’Esprit de Révolte, courte analyse d’une clarté exemplaire, vaut aussi par sa manière originale d’aborder l’histoire, en focalisant l’intérêt sur sa face d’ombre, sur l’action, singulière, matricielle, de ces «sentinelles perdues», «individus héroïques» et presque toujours anonymes, qui mirent, littéralement parlant, le feu aux poudres, et symboliquement parlant, suscitèrent l’éveil à la lutte et l’entrée volontaire dans l’organisation économique, politique, sociale et culturelle des masses exploitées, manipulées, hallucinées, dupées. Ne l’entendez-vous pas, aujourd’hui, hurler, à travers la planète entière – l’esprit de la révolte ?