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Rien n’est plus instructif pour la connaissance des phénomènes de la vie que l’étude des troubles produits dans les fonctions organiques par les divers poisons. Le sens de ce mot poison doit être singulièrement élargi : un poison n’est pas, comme on serait tenté de le croire d’après l’usage vulgaire du mot, une substance toujours mortelle et funeste; au contraire, presque toutes les substances médicamenteuses sont toxiques, et réciproquement. L’opium, qui est un admirable médicament, en même temps est un redoutable poison. L’alcool, qui, ingéré en petite quantité, est un stimulant salutaire à la digestion, à forte dose produit des désordres graves qui ont souvent entraîné la mort : aussi serait-on fort embarrassé, si l’on voulait séparer la classe des médicaments de la classe des poisons… Je vais tenter ici d’étudier les poisons qui agissent sur une certaine partie de l’organisme, une des plus nobles sans contredit, puisque c’est sur l’organe de l’intelligence, sur l’encéphale. Mais je ne chercherai pas à préciser le lieu même où se fait cet empoisonnement. Le siège des fonctions intellectuelles n’est pas assez bien déterminé pour qu’il soit permis de faire une autre étude que celle des symptômes. Nous allons donc voir quels sont les symptômes de l’empoisonnement de l’intelligence; peut-être cette investigation sera-t-elle profitable aux philosophes comme aux physiologistes, l’union du physique et du moral étant si intime qu’il n’y a que des inconvénients à en séparer l’étude.