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Des voyeurs, nous l’étions tous les deux. Rien ne nous excitait plus que faire marcher notre regard. Nous autres, les artistes, étions les forçats de l’œil. L’un, Bruno Gibert, le narrateur de cette histoire devenu écrivain, l’autre, Édouard Levé, une figure de l’art contemporain du début des années 2000, se rencontrent au moment où tous les deux sont inconnus, où leur œuvre reste à faire. Comme deux vagabonds, ils battent la ville pour se laisser surprendre par une image, une forme, un détail incongru. Se livrent au « hasard objectif » cher aux surréalistes et considèrent le monde comme une gigantesque et involontaire installation artistique. Mais très vite, leur relation se transforme. L’un devient le spectateur fasciné de l’autre. Le jeu devient sérieux, trop peut-être, et prend l’allure d’une course à la notoriété. Récit de formation et réflexion sur la création, Les Forçats est aussi le portrait acéré d’un personnage hors du commun, Édouard Levé - qui se suicidera en 2007- dont l’œuvre tant photographique que littéraire continue de briller tel un diamant noir.