Cet ouvrage est la transcription, presque mot pour mot, des notes
rédigées sur son lit d'hôpital par Maurice Gabolde, sergent fourrier
dans le 69ème régiment du 20ème corps d'armée commandé par le
Général Foch. Jeune avocat, il participa à la Grande Guerre de juillet
1914 à la fin juin 1915 où la guerre se termina pour lui dans le fond
d'une tranchée, au sein du «Labyrinthe de Neuville-Saint-Vaast»,
dans l'Artois. Blessé, il se retrouva amputé d'une jambe et ses loisirs
forcés lui permirent de remettre en forme sur des cahiers d'écolier les
notes qu'il avait initialement prises sur son carnet de poche rouge à
l'usage des officiers et sous-officiers de toutes armes.
Dans cet agenda militaire 1914-1915, à la page du 30 juin 1915,
on lit : «Matinée tragique. Barre tué, Geismard blessé mortellement.
Pluie diluvienne - Sang et boue. On se réfugie dans la cagna. 17h30 :
je suis blessé, pied emporté par obus - Bigot mortellement atteint.
Geismard meurt. Dalibon, Danel blessés. Attente de la relève.
Premiers soins. Les boyaux. Souffrance ! Le poste de secours à
Maroeuil Haute Avesnes.»
Dans Les carnets du sergent fourrier, on retrouve : «... Brusquement,
un ébranlement insolite, l'ennemi raccourcit le tir, et un obus frappe
en plein dans le parapet qu'il éboule un peu avant l'entrée de l'abri.
On l'a échappé belle, mais voici qu'à côté des cris nous font vite sortir
de notre cagna. Le boyau est en partie comblé, et, dans leur abri,
Barre et Geismard sont blessés. Nous dégageons Barre d'abord, il
est évanoui, n'a pas de blessures apparentes, mais son visage est
livide, et un faible gémissement s'échappe de ses lèvres avec une
boue sanglante. Geismard parle et demande qu'on le dégage de la
terre et des rondins qui l'écrasent. On travaille un moment, et la pluie
redouble de force. C'est un chantier de boue et de sang...»
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