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En pleine débâcle, le 10 juillet 1940 l’Assemblée nationale vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Aussitôt instauré, le régime de Vichy fustige les « ennemis de la France », étrangers, juifs, francs-maçons ou communistes, jugés responsables de la défaite. Les lois et les tribunaux d’exception se succèdent, le rôle de l’avocat va s’en trouver profondément affecté. Certains collaboreront, d’autres seront persécutés ou rejoindront la Résistance, la majorité restera attentiste. Trajectoires et documents.La République française n’existe plus. Vichy organise un état policier qui s’engage dans une politique de collaboration. Le gouvernement abroge les décrets-lois Marchandeau de 1939 qui réprimaient l’incitation à la haine raciale, revient sur les naturalisations obtenues depuis loi de 1927, dissout les loges maçonniques, interdit de fonction publique toute personne dont le père n’est pas français et surtout instaure dès le 3 octobre 1940 un statut des juifs qui, entre autres, les prive d’accès à la profession d’avocat. Le 2 juin 1941, une deuxième loi oblige leur recensement, prévoit l’aryanisation de leurs biens et crée le Commissariat général aux questions juives dirigé par l’avocat Xavier Valat. À partir de 1942, les rafles s’organisent orchestrées par l’État français, des avocats partiront pour les camps. Les notions d’état de droit et d’indépendance de la justice, construites après la réhabilitation de Dreyfus en 1906, disparaissent sous couvert d’une légalité apparente. Le chef de l’État devient législateur, le parlement est aboli mais la loi demeure… Et, puisque la France est légaliste, toute culpabilité devant des mesures pourtant contraires aux principes démocratiques, la peur aidant, s’efface dans les consciences. Seule une poignée d’hommes et de femmes sauront y résister. Dans un premier temps, les barreaux participent au travail d’éviction des confrères d’origine étrangère puis des juifs, mais à partir de 1943 ils entrent dans une forme d’opposition aux mesures imposées par le régime pétainiste et l’occupant. La légitimité politique et morale va changer petit à petit de camp dans l’opinion publique. L’attitude de nombreux français va passer de la collaboration active, à l’attentisme, puis à une certaine dose de désobéissance civile, individuelle d’abord puis collective, pour rejoindre, enfin, la vraie résistance. Les avocats n’ont pas échappé à cette évolution et leurs autorités ordinales non plus. À la Libération, on compte quatre avocats parmi les Compagnons de la libération et une dizaine poursuivis par les comités et juridictions d’épuration. Initié par le Musée du Barreau de Paris et le Conseil National des Barreaux de France, ce livre explore, grâce à de nombreux documents d’archives, les collaborations, les emprisonnements, les résistances, les actes de bravoure ou les renoncements de plusieurs avocats et de leurs barreaux.