Il est difficile de comprendre l'orthodoxie actuelle sans s'intéresser à la
métropole russe. Pendant cinq siècles, de 998 à 1448, la métropole «de Kiev et
de toute la Rus'» a fait partie de l'oikouméné byzantine. Elle était à la fois la
plus lointaine et la plus vaste province ecclésiastique du patriarcat de Constantinople.
Le métropolite, son chef, était presque toujours un Grec, jusqu'au
XIIIe siècle, où commence à s'instaurer une alternance entre Slaves orientaux et
Grecs ou Bulgares. C'est aussi à la fin du XIIIe siècle que le siège métropolitain
passe de Kiev à Vladimir-sur-la-Kljaz'ma (1299), puis à Moscou (1328).
En 1448, l'Église russe devient autocéphale à son corps défendant, parce
qu'elle rejette l'Union avec Rome que son métropolite grec avait acceptée au
concile de Florence. Un siècle plus tard, les religieux russes assument cette rupture
en affirmant que le flambeau de l'orthodoxie authentique brille à Moscou
d'un éclat plus pur qu'à Constantinople. La théorie «Moscou est la Troisième
Rome» (v. 1510-1540), le couronnement impérial du premier tsar russe
(1547) et la création du patriarcat russe (1589) sont les conséquences de cette
évolution.
La période qui va de l'établissement de la métropole à Vladimir à la création
du patriarcat russe est abordée sous quatre angles : l'histoire des diocèses
russes, la carrière des évêques et des métropolites, la reconnaissance de la
sainteté des métropolites, dont deux (Pierre et Alexis) deviennent les patrons
par excellence de Moscou et de l'Église russe, et enfin les possessions foncières
de la métropole. À la lecture de cette monographie, c'est tout un pan de
l'histoire religieuse russe qui se dévoile. Il devient possible de toucher de plus
près les réalités du sol et des hommes, aussi bien que les inquiétudes et les
attentes spirituelles d'une Église devenue l'ultime recours des croyants, car
«il n'y aura pas de Quatrième Rome»...
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