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« J’ai commencé un travail qui ne semble pouvoir être comparé à aucun autre, un élément d’histoire absent de toutes les histoires existantes : les réactions psychologiques du soldat, cet aspect de la guerre qui est le plus humain de tous. Et je crois que cela aidera à montrer la guerre comme elle est réellement, presque autant que l’histoire économique et sociale, quoique dans un champ plus restreint. Bien que je ne sois pas pacifiste, je suis persuadé que si les gens savaient ce que je sais de la guerre, ils ne seraient pas tentés d’entreprendre ce type d’aventure. » Ainsi parlait l’ancien combattant Jean Norton Cru d’une enquête qui aboutira, en 1929, à la publication de son livre, Témoins, un des plus grands du XXe siècle. Cela donnera lieu à une immense polémique, « l’affaire Norton Cru » : le procès d’un homme qui voulait démasquer les faussaires pour mieux instituer les témoins véridiques et dénoncer cette première forme de négationnisme qu’était le travestissement de l’expérience de la guerre dans le but ultime que chacun en comprenne la nature afin d’en éviter le retour. C’est le destin de la réception de Témoins que Frédéric Rousseau examine ici, depuis les premières réactions à la parution du livre jusqu’aux positions des historiens d’aujourd’hui, dont certains sont tentés de récuser « la dictature du témoin » censée empêcher la bonne histoire. Comment écrire l’histoire tragique du XXe siècle ? Quelle vérité l’historien détient-il par rapport au témoin ? La « bonne » histoire ne se situe-t-elle pas toujours entre science et mémoire ? Questions fondamentales que posait Témoins et qui continuent plus que jamais à se poser.