«Dans les papeteries, dédaignant le bloc dédié à la bille
et au feutre que les vendeuses proposent le plus souvent,
il tirait un carnet japonais de sa poche et tentait de
parvenir au suspens de soi nécessaire à l'appréciation de
quelques paramètres : la souplesse et l'épaisseur de la
plume, l'angle d'attaque, le poids du stylo. Bleu, c'était
toujours du bleu. Il aimait le papier, les liasses d'avant-guerre,
les pelures, le couché dont un imprimeur lui
fournissait des chutes massicotées. On lui avait transmis
l'art de calibrer le feuillet réglementaire (vingt-cinq
lignes de soixante signes, double interligne, espaces
comptées comme des signes) et de rédiger d'une écriture
parfaitement lisible, ce qui lui valait la considération des
sténos de L'Air Du Temps.»
Julien Delafosse a renoncé sans regret à la littérature.
Nègre, mercenaire de l'édition, il met son talent au
service des autres, qu'ils soient politiciens, champions
sportifs, soldats perdus ou idoles de la chanson - «Je
connais des plantations heureuses» dit-il -, mais un jour
de 1984, il achète un ordinateur. Il confie sa part d'ombre
à une disquette noire. Il se penche sur ce qu'il a refusé
jusque-là de voir en lui-même. Il se lance à la recherche
de ses racines. Il écrit un roman. Sa vie va basculer dans
un enfer.
We publiceren alleen reviews die voldoen aan de voorwaarden voor reviews. Bekijk onze voorwaarden voor reviews.