C'est paradoxalement en français que fut écrite et publiée, en
1837, la nouvelle «Le Mulâtre», aujourd'hui reconnue comme étant
le premier texte de fiction de la littérature africaine-américaine.
Victor Séjour, né homme de couleur libre à la Nouvelle Orléans
d'un père haïtien et d'une mère louisianaise, publie sa nouvelle dans
la Revue des Colonies. Vingt ans plus tard, expatrié à Paris, il sera
un des dramaturges les plus applaudis du théâtre de boulevard. Les
deux textes réédités ici représentent des moments particulièrement
marquants de ce parcours.
Avec en toile de fond l'univers de la plantation à Saint-Domingue,
«Le Mulâtre» dresse un tableau sans complaisance des relations
maître-esclave. La Tireuse de cartes (1860) est la seule version
littéraire française d'une des affaires judiciaires et religieuses les
plus retentissantes de la fin du dix-neuvième siècle, l'affaire Mortara.
La pièce met en scène le récit du baptême, puis de l'enlèvement à
sa famille, avec la complicité des autorités chrétiennes, d'un enfant
juif. Que ce soit un homme de couleur du dix-neuvième siècle qui
nous le livre n'est pas une coïncidence.
Autant pour l'originalité de son parcours que pour la richesse
d'une oeuvre foncièrement préoccupée par la question de la
différence au dix-neuvième siècle, il importe de donner à Victor
Séjour une place importante dans l'histoire culturelle et littéraire de
l'Atlantique noir.
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