Le livre que nous tenons entre nos mains s'ouvre par une introduction écrite dans une langue docte : une commissaire d'exposition y présente le journal retrouvé d'une artiste contemporaine, Marie Marzouk, dont l'ultime performance, lors d'une biennale dans une ville à la frontière entre l'Allemagne et la France, s'est terminée par sa disparition inexpliquée.
Le journal. Nous sommes en juin 2030, dans un pays à peine plus déréglé que le nôtre, sinon toujours plus chaud et toujours plus réactionnaire. On accompagne au jour le jour les errances de Marie Marzouk, jusqu'à sa disparition finale. Page après page, on découvre une artiste vieillissante, qui s'est progressivement retirée de la scène créative. La cinquantaine approchant, elle fait l'expérience, au-delà de sa pratique professionnelle, de son invisibilisation dans l'espace public. Comme une vengeance, elle passe le plus clair de son temps dans le métro à dérober des objets dans les poches des passagers qui ne la voient pas. Une cleptomanie gratuite, à laquelle elle s'adonne à la façon d'une dérive situationniste. Dans son errance, elle est hantée par le souvenir, si ce n'est le fantôme, d'un ami proche qui s'est jeté sous une rame des années auparavant. Elle se retrouve également frappée par des règles hémorragiques de plus en plus inquiétantes, provoquées par la ménopause qui se prépare.
Un jour, elle rencontre chez son amant, une jeune femme qu'il présente comme une fille au pair et qu'elle soupçonne d'être sa maîtresse. Elle se prend de fascination pour l'inconnue, et une nuit qu'elle l'a prise en filature à travers la ville, elle se retrouve dans une soirée en squat. Prise de vertiges et d'évanouissements, elle se réveille des heures plus tard, découvrant dans son sac une série de liasses manuscrites formant un récit.
Dès lors, un court roman va se distiller entre les pages du journal de Marie Marzouk, narrant la fable d'une cité assiégée dont l'ennemi ne se montre pas. Dans une langue teintée d'archaïsme et d'ultracontemporain, on y suit Hyacinthe, personnage qui a décidé de rester sur les lieux et prendre soin d'une volée d'oies.
Le journal et le roman vont imperceptiblement se mêler, les limites entre la fiction et la réalité s'estomper, et, à travers le monologue d'une artiste perdue entre deux mondes, les temps et les genres s'amalgamer – et dessiner une traversée des frontières permanente.
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