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Le 3 décembre 1956, l’abbé Desnoyer, curé à Uruffe, tue sa maîtresse, Régine Faye, 19 ans, qu’il a mise enceinte, d’un coup de revolver puis l’éventre à l’aide d’un canif, tue le fœtus (âgé de huit mois et donc viable) et le défigure à coups de couteau pour qu’on ne puisse reconnaître qu’il en est le père. Ce fait divers sordide défraye la chronique des années 50 et 60 et hante la littérature française. De son crime, le curé d’Uruffe ne s’expliqua jamais. Silence de la foi. Silence au procès. Silence en réclusion. Silence dans l’obscurité d’une abbaye du Morbihan qu’il rejoignit à sa sortie de prison en 1978 et ce jusqu’à sa mort en 2010. C’est à ce silence que tente de répondre Hubert Gonnet avec Le grand scandale, roman monstre à plus d’un titre. Par son personnage d’abord, inspiré du curé d’Uruffe. Par sa structure ensuite, puisque ce roman qui se déploie sur plus de 500 pages est constitué de deux récits qui se font face, page de gauche, page de droite, mélodie et accompagnement comme les appelle l’auteur dans son avertisse-ment au lecteur qui introduit le livre. Page de gauche donc, le récit de l’enquête qui suit le meurtre de Rose Médieu jusqu’au procès de l’abbé Jacques Dupin. Page de droite, le monologue intérieur du prêtre, sa « confession », tentative de saisir la complexité, les contradictions d’un homme d’Église qui préféra le crime au suicide car l’Église interdit le suicide. Gonnet choisit d’entrer dans la psyché de l’abbé par un redoutable stratagème, livrant deux romans en un. Mais en véritable démiurge, il sait agencer les vis-à-vis pour que la lecture reste toujours fluide. Le grand scandale tient autant des grands romans bernanosiens sur le fond, passionnante réflexion sur le mal, ses racines et leur intrication au sacré que du Nouveau roman par sa forme.