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Aimer l’Europe mais honnir Bruxelles. Rêver d’une « Europe puissante » en la bridant. Invoquer l’amitié avec l’Allemagne avec l’Allemagne tout en la redoutant. À force de contradictions et d’incohérence, de supériorité affichée et de complexes inavoués, la France s’est détournée de l’Europe qu’avaient voulue les pères fondateurs. Au pays de Jean Monnet et de Robert Schuman, rares sont les hommes politiques français qui pensent et agissent en Européens. Plus personne ne se sent responsable de l’intérêt commun. Depuis les débuts de l’aventure communautaire, les Français ont parfois été des meneurs engagés et de formidables « inspirateurs » capables d’inventer une méthode révolutionnaire de coopération entre peuples. À plusieurs reprises, ils se sont aussi révélés être des lâcheurs, intéressés, arrogants, violant les principes que le génie propre des meilleurs d’entre eux a légués à l’Europe. Le coq gaulois a gaspillé la perle. Pourtant, rien dans ce constat ne doit nous désespérer : l’Union européenne telle qu’elle se fait n’est pas l’Europe ; c’est au mieux un ersatz. Les difficultés actuelles sont passagères et réversibles : que l’on se remette enfin à faire l’Europe sérieusement, dans l’esprit communautaire, et l’élan reviendra. Chercheur associé au CERI (Sciences Po), enseignante au Collège d’Europe (Bruges), Sylvie Goulard est présidente du Mouvement Européen France.