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L’idée de « réalité » nous semble une donnée évidente de notre relation au monde : nous comprenons immédiatement ce que veut dire un romancier lorsqu’il parle de son ambition de « dévoiler une dimension du réel » ou lorsqu’un homme politique accuse son concurrent d’« irréalisme ». Pourtant de telles expressions renvoient à un concept de réalité historiquement déterminé ; dans le premier cas, le roman apparaît comme une forme esthétique qui assigne à la fiction des ambitions qui n’auraient eu aucun sens dans le cadre de la vision antique de l’art comme « imitation » ou dans la pratique de l’épopée ; dans le second cas, la politique moderne est l’héritière d’une volonté de « réalisme » que l’on peut faire remonter à Machiavel, qui s’oppose moins à l’« utopie » au sens moderne qu’à un certain idéalisme platonicien. Hans Blumenberg s’attache ici à dégager une typologie des grands « concepts de réalité » qui se sont succédé et parfois superposé dans l’histoire occidentale, afin de comprendre aussi bien la place fondamentale du roman dans la conscience moderne que les liens entre une rhétorique du « réalisme » et une politique de la puissance. Hans Blumenberg (1920-1996). Auteur d'une bonne trentaine d'ouvrages (dont plus de la moitié posthumes), il a été professeur de philosophie à l'université de Münster. Il est notamment l’auteur de La Légitimité des Temps modernes (Gallimard, 1999). Préface de Jean-Claude Monod. Traduit de l'allemand par Jean-Louis Schlegel.