La doxa intellectuelle, ensemble de mots, d'expressions, de slogans,
de questions et de débats dont les évidences partagées délimitent
ce qui est donné à penser aux contemporains, et notamment au public
«instruit», constitue l'obstacle majeur à un point de vue critique. Elle
n'est pas conservatrice par accident : elle tend, en effet, à concilier les
apparences de l'autonomie intellectuelle avec les valeurs et les attentes
de ceux qui occupent des positions de pouvoir dans des univers
aussi peu autonomes que ceux de la grande presse, de l'édition, de la
politique et de l'entreprise. Quelles que soient les nuances affichées
entre des versions de droite et de gauche, l'adversaire principal de la
plupart des discours demeure la «vieille» gauche «étatiste» réputée
soumise aux dogmes marxistes, autoritaires et centralistes de l'égalitarisme
et au culte de l'État dit «providence» (plutôt que «social»).
Sur ce fond relativement invariant, les différents producteurs de doxa,
philosophes, sociologues, historiens, politologues, se distinguent
par le travail de mise en forme intellectuelle qu'ils doivent accomplir
pour se conformer aux exigences de leur univers d'appartenance.
Qu'en est-il de la genèse de la doxa intellectuelle ? Quelle est la géographie
des principales régions où elle est produite et reproduite ?
Quel en est le contenu politique ? Quels sont les thèmes et les schèmes
de pensée qui lui confèrent les allures de la légitimité intellectuelle
? Telles sont les principales questions envisagées dans cette
étude qui tient autant de la sociologie des intellectuels que de la
sociologie politique.
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