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Fiction & Cie L'AIGUILLE DE MINUIT CARNETS DE L'ALPINISTE Qui est l'Alpiniste ? Pourquoi ce nom si commun malgré sa majuscule Je ne sais pas. C'est ainsi. Mais ce que je sais, je m'empresse de le dire : au retour de son ascension, et avant de me faire ses adieux, l'Alpiniste m'a remis ses Carnets, Ce que je sais, je le lis à présent dans ces pages bizarres, méditatives ou colériques, désolées ou extasiées, déclamatoires, plaintives, jubilantes, exagérées... Ce que je sais, c'est lui, l'Alpiniste, qui me l'apprend, dans le récit fragmenté de sa mystérieuse épreuve. Moi, je n'ai plus qu'à me taire afin d'écouter celui qui parle : « Au cours de ce que j'appelle un peu vite ma vie sportive, je suis monté de moins en moins haut et je suis descendu de plus en plus bas. Tant et si bien qu'un sommet inversé s'est profilé à l'horizon. Heureusement, on était dans le plein jour et le ciel était dégagé : l'aiguille de minuit a ainsi pu resplendir et dispenser sa lumière sans réticence, avec même une surnaturelle générosité. Dans la nuit blanche de mon insomnie, je me suis senti guidé hors du désespoir.» « Suis-je parti pour me sauver seul ? Ce fut ma première question en arrivant à cette hauteur où je ne croisais plus aucun berger, plus le moindre bovidé. Le glacier, sur l'un des flancs de la montagne, m'offrait son miroir. À mesure que je progressais, le silence de l'air se faisait plus intense. La lumière, avec sa vigueur propre, lui donnait la réplique. Sans regret, j'abandonnai tous les rêves transitoires de vaine gloire. Alpiniste : non seulement ce titre me suffisait, mais je devais encore m'en rendre digne.» P. K.