Le 14 février 1922, à Paris, un jeune ouvrier mutilé du travail abat son contremaître en pleine rue.
Il s’appelle Marcel Muller, n’a qu’un bras, vingt ans à peine, et déjà tout l’espoir d’une vie brisé. Son geste, à la fois désespéré et révolté, secoue la France tout entière. En quelques heures, l’affaire fait la une de tous les journaux et c’est très vite le pays qui se divise : Muller est-il un meurtrier ou une victime du système ?
Ce qui n’était qu’un fait divers devient bientôt un fait politique. Soutenu par une partie du mouvement ouvrier, le jeune homme incarne malgré lui le destin de toute une génération d’oubliés : les mutilés de guerre et du travail, les blessés du "progrès" industriel.
Derrière la chronique judiciaire, c’est toute la réalité sociale de la France de l’après-guerre qui est présente. Celle d’un pays où les "gueules cassées" rappellent à toutes et tous le prix du rendement et du marché.
À partir d’un vaste travail d’archives mêlant articles de presse, comptes rendus de procès, documents syndicaux et législatifs, Morgan Poggioli redonne vie à cet épisode tombé dans l’oubli. Il en suit toutes les étapes : le fait divers, le scandale médiatique, le procès-spectacle, jusqu’à sa transformation en affaire politique et sociale. En filigrane, il montre comment le drame de Muller a contribué à nourrir la réflexion sur la justice sociale et la protection des travailleurs, bien avant la naissance de l’État-providence.
Un siècle plus tard, l’écho de cette histoire résonne encore.
Car entre l'affaire de Marcel Muller et celle récente de Luigi Mangione, une même question demeure : quelle est la véritable source de la violence ?
À la croisée du récit historique et de la réflexion politique, L’Affaire Muller permet une plongée dans les fractures d’une époque, permettant une meilleure compréhension des nôtres.
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