Une voix ne suffit pas pour trouver sa voix. Chaque voix
vit de la vie des autres, chaque vie parle avec les autres, vers
les autres. Une vie se fait de son récitatif plus que de son
récit, dans l'aventure continuée de ce qui arrive au langage,
dans l'étonnement aussi d'être toujours plusieurs au
monde.
La somme du feu raconte une histoire : celle d'une voix qui
fait de l'homme à partir de la bouche, celle d'une relation à
toutes les voix de la vie qui, comme le feu, doit toujours
grandir et être plus que soi pour continuer à être. Il y a une
utopie dans cette mathématique-là : elle travaille à faire de
la place à ce qui ne fait que sourdre. Elle creuse dans ce
qu'on sait déjà un accueil à ce qu'on ne connaît pas encore
et qui, à jamais, ne fait que nous commencer.
La somme du feu ne cherche pas à se résoudre, elle ne
cherche pas de réponses, elle vit la vie des questions qu'elle
soulève et qui la portent. Avec tout le corps dans la voix,
avec les gestes imprévisibles de l'amour qui découvrent ce qui
est à venir à mesure qu'ils l'inventent, elle est à l'écoute d'un
sens du sens qui n'a plus rien à voir avec l'inertie du savoir,
mais témoigne de l'enchantement ininterrompu de faire
connaissance.
Philippe Païni
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