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Entre Seine et Rhin, Tournai, ville des anciens Pays-Bas relevant de la couronne de France et siège épiscopal du comté de Flandre, a connu du xiie au xve siècle son rayonnement le plus large. Un de ses atouts résidait dans la pierre sombre extraite de son sous-sol. Celle-ci permit à la cité non seulement de se couvrir d'un nombre impressionnant d'édifices - au premier rang desquels la cathédrale Notre-Dame - mais aussi de développer une singulière production de lames funéraires gravées, gisants en relief et stèles votives qui contribuèrent notoirement à la réputation de ses ateliers. Exportées parfois très loin, par-delà les mers, ces œuvres couvrirent aussi le sol et les murs des sanctuaires de la ville. Véritable miroir de ses élites, elles y ont condensé des décennies d'histoire urbaine. À cette parure de pierre riche de mille visages et d'autant d'images de dévotion faisaient écho d'autres sculptures, ornant les ensembles mobiliers - jubés, retables, etc. - des églises. Les aléas de l'Histoire se chargèrent d'annihiler, ou presque, tout cet apparat médiéval. La crise iconoclaste de 1566 ne laissa de ces œuvres que quelques épaves blessées, les réaménagements ultérieurs des édifices de culte aux xviie et xviiie siècles achevant la besogne. De ce patrimoine d'une richesse inouïe ne sont donc conservés aujourd'hui que de rares témoins, fragmentaires pour la plupart, réapparus lors de fouilles ou de travaux. Ils constituent désormais une poignante collection qui connaît le triste sort d'être aujourd'hui devenue invisible depuis la fermeture de la section médiévale du musée de Tournai, voici un quart de siècle, et celle plus récente du chœur gothique de la cathédrale en restauration. Là est, parmi d'autres, l'enjeu de cet ouvrage : faire redécouvrir ce corpus lapidaire tournaisien dans lequel s'est stratifiée la mémoire longue d'une ville et lui procurer enfin toute la lumière qu'il mérite.