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Au temps fabuleux de l'Irlande préchrétienne, quand régnaient sur l'Ulster les rois guerriers et les druides, et le grand Conchobar, mort de colère, selon la légende, en apprenant la crucifixion du Christ, une simple dispute entre le roi Aillil et la reine Medb à propos d'un taureau manquant engendra une guerre violente et sans merci qui bouleversa tout le pays du nord au sud. Tel est le sujet de la Táin Bó Cúalnge, "La Razzia des vaches de Cooley", l'un des grands livres fondateurs de l'Irlande, témoignage unique sur la civilisation celtique si méconnue, dont Christian Guyonvarc'h nous donne aujourd'hui l'admirable traduction. Au coeur du récit, Setanta, fils de Sualtam, surnommé Cuchulainn ("celui qui a vaincu le chien du forgeron"), est le héros absolu des Gaëls, l'égal d'Achille, d'Héraklès et de Mithra. Éternellement jeune et beau, il est muni de tous les dons - y compris celui de la magie. Il entre dans la guerre, animé par la ferg, la fureur guerrière qui peut faire bouillir "haut comme le poing" l'eau des baquets, son corps bandé comme l'arc qui couvre le ciel après la pluie, son oeil unique dardé, et brandissant l'arme invincible, le "javelot-foudre". Mais la Táin Bó Cúalnge conte tout autre chose qu'une simple razzia. Elle conte la fondation de la terre d'Irlande, ses villages, ses rivières et ses gués, ses collines et ses pâturages. Elle conte la mémoire qui unit les Gaëls aux anciens guerriers pasteurs venus d'au-delà des Carpathes. Cuchulainn, après avoir triomphé de ses ennemis, meurt trahi par la magie des sorcières. Avec lui disparaît l'ordre mythique, aboli par l'arrivée en Irlande du premier missionnaire et dernier des druides, saint Patrick. Rare survivante d'une extraordinaire civilisation, qui avait traversé les âges au rythme lent des bêtes à cornes, la Taín Bó Cúalnge nous fait accéder au mystère de la création mythique et à l'envoûtement de la langue celtique, comme à l'une des sources les plus pures de la civilisation occidentale." J.M.G. Le Clézio.