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Outil de travail inestimable et souvent mal employé, la psychanalyse, dans le domaine littéraire, après avoir frayé tant de nouvelles voies, a encore à trouver la sienne. D’abord psychobiographie, à l’origine freudienne, lecture symptomale tâchant à remonter du texte à l’auteur ; puis mythographie, archétypale et jungienne ; plus récemment, psychocritique, avec Mauron, poursuivant l’étude structurale et, en grande partie, autonome, des œuvres, — dans quelle direction pousser l’analyse ? Pour ma part, j’ai essayé de tenir compte de l’objection, réitérée à son encontre, qu’elle est trop souvent critique du signifié psychique et non du signifiant littéraire. Cette littérarité du signe, toutefois, n’est nullement inscrite dans un espace neutre ; d’emblée, son symbolisme est tout entier engagé dans un « destin de pulsion » : celle d’écrire. La « place de la madeleine » me paraît ce lieu privilégié, chez Proust, où se narre la naissance de l’écriture, son émergence dans les divers ordres du désir où elle s’étaie et s’étale, en son originaire et féroce naïveté. Écoute du fantasme ouvrant le texte, dépistage de ses réseaux, de ses détours, de ses spirales, l’approche est ici clinique : mais clinique de la « névrose d’écriture », non des « complexes » de l’écrivain. Constituée ainsi en véritable logique du fantasme, dans laquelle elle est elle-même, d’ailleurs, prise et comprise, la critique psychanalytique, portant sur le fondement pulsionnel du texte, fonctionnerait, en sa limite idéale, comme poétique de l’inconscient.