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"Dans l'impossibilité où je me trouve de témoigner au procés de Fernando Arrabal, j'écris cette lettre en espérant qu'elle pourra être portée à la connaissance de la Cour et la rendre peut-être plus sensible à l'exceptionnelle valeur humaine et artistique de celui qu'elle va juger. Elle va juger un écrivain espagnol qui, dans le bref espace de dix ans, s'est hissé jusqu'au premier rang des dramaturges d'aujourd'hui, et cela par la force d'un talent profondément espagnol. Partout où l'on joue ses pièces, et on les joue partout, l'Espagne est là. C'est à ce passé déjà admirable que j'invite la Cour à réfléchir, avant de passer jugement. Et puis à ceci. Arrabal est jeune. Il est fragile, physiquement et nerveusement. Il aura braucoup à souffrir pour nous donner ce qu'il a encore à nous donner. Lui infliger la peine demandée par l'accusation, ce n'est pas seulement punir un homme, c'est mettre en cause toute une oeuvre à naître. Si faute il y a qu'elle soit vu à la lumière du grand mérite d'hier et de la grande promesse de demain, et par là pardonnée. Que Fernando Arrabal soit rendu à sa propre peine."
Lettre écrite par Samuel Beckett en 1967 aux juges espagnols pour la défense au procés d'Arrabal.