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La maison imaginaire, celle dont nous avons hérité, procède d'un Livre : la Bible, présente à chaque instant de nos vies, avec la part visible de son héritage - l'exubérance des cathédrales, les innombrables marques qu'elle a laissées dans notre langage et dans nos modes de pensée, les milliards de représentations que les artistes en ont tirées. De son éducation religieuse, Jean Rouaud a appris à lire les images : ce Christ glorieux qui au fil des siècles se fait de plus en plus souffrant, de plus en plus humain, rendant de moins en moins crédible sa sortie de la mort. Mais il faut compter aussi avec la part invisible, à savoir la dette contractée envers le judaïsme qui a fait de nous ce que nous sommes. L'impossibilité de rembourser cette dette, nous dit l'auteur, a nourri de siècle en siècle, de bûchers en pogroms et jusqu'à sa mise en oeuvre par les nazis, une volonté d'extinction du monde juif. La méditation philosophique et religieuse s'entrelace avec le récit autobiographique. Il s'agit pour l'auteur de retrouver les sources de son imaginaire, qu'il localise clairement dans les textes sacrés de la chrétienté, où puise la culture juive, mais aussi au-delà dans les profondeurs du temps qu'on nomme injustement la préhistoire. L'écriture de Jean Rouaud, fluide et pénétrante, joue avec divers niveaux de langue, mélangeant la complexité érudite et un ton parfois amusé, reliant des informations éparses, cherchant à donner peu à peu une cohérence aux matériaux accumulés au cours d'une vie, pour édifier, pierre à pierre, son palais poétique.