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Le rôle de visiteur (ou de visiteuse) des prisons ne saurait être défini comme une tâche professionnelle. La différence peut de ce fait paraître considérable entre, d’une part, l’approche des délinquants par le travailleur social, l’éducateur, le psychologue ou le médecin, et d’autre part, les modes de présence et d’action de bénévoles dont un bon nombre appartient simplement à l’Œuvre de la Visite des Détenus dans les Prisons. Ainsi, lorsque Marie-Jeanne Rosé demande à son mari et à son fils aîné leur accord avant d’engager les longues démarches nécessaires pour obtenir sa carte de « visiteuse », aucune expérience préalable n’avait préparé cette jeune institutrice à ses rencontres avec les femmes et par la suite avec les hommes détenus dans la prison de sa petite ville. Ce qui lui tenait lieu de « formation », c’était la vigueur de ses motivations, essentiellement éthiques et spirituelles. Depuis son premier entretien avec une jeune femme condamnée pour vol, Marie-Jeanne Rosé demeura déterminée au point que rien ni personne n’avait pu l’arrêter. Son témoignage se lit ainsi comme le récit d’un apprentissage hors profession, l’histoire d’une maturation. Se sachant et se disant elle-même issue d’un milieu bourgeois et catholique, elle abordait le monde de la délinquance de fort loin. Mais tout porte à croire qu’elle devait précisément à cette distance culturelle la qualité de son bon sens et sa capacité d’apprendre, de faire comprendre et d’agir. Les premiers appuis lui étaient apportés par des magistrats à un moment où la maison d’arrêt ne disposant ni d’assistante sociale, ni d’éducateur, elle devait s’efforcer d’assumer ces tâches au jour le jour. Par la suite, à travers les trente ans d’exercice de sa fonction de visiteuse, une heureuse circonstance historique fit émerger une sensible humanisation du régime carcéral français, et surtout un début d’accompagnement postpénal, si bien que, avec les progrès de son expérience coïncidaient des conditions plus favorables à la réintégration des détenus libérés. Ainsi ce témoignage porte sur trois aspects d’une même évolution concernant le rôle de visiteuse de prison, l’efficacité éducative de l’appareil judiciaire et le développement personnel de ceux qui, bénévolement, contribuent à ce résultat. « J’étais en prison et vous êtes venu jusqu’à moi »... Cette phrase toute simple énonce l’appel auquel Marie-Jeanne Rosé n’a pas cru pouvoir se soustraire. Sa réponse, exprimée clairement par sa présence auprès des détenus et notamment par ses correspondances avec certains d’entre eux, mérite une grande attention.