«Mais ce que nous appelons conscience est précisément comme
une infraction, une divine infraction à cet ordre de l'animalité. Ainsi
vivre, pour l'homme, c'est faire l'épreuve de la question qui lui vient
du monde. Qu'est-ce que c'est, pour toi, être ceci ou cela, ce qui veut
dire : que signifie de pouvoir l'être ? Comment répondrais-tu dans telle
ou telle situation ? Personne ne répondra pour toi, et toi, tu ne répondrais
pour personne d'autre : à cet autre, tu feras legs de la question. Ce
que dit Socrate, ce qui aura ainsi été dit pour toujours : «Connais-toi
toi-même !» (pp. 55-56)
Ce livre, dont on n'attendra pas quelque nouvelle extraordinaire à
propos de ce penseur qui n'a pas écrit et ne fut donc pas un auteur, tente
de rappeler ce que pourrait être la leçon de Socrate, pour aujourd'hui,
et peut-être encore pour demain, il faut, en tout cas, l'espérer.
Cette leçon est une définition de l'homme. Le premier point est que
l'existence est cette définition. Le deuxième est que, de l'existence, il
n'y a pas le savoir : pas d'existant compétent, c'est, dans Platon,
l'invariant des dialogues dits socratiques. Cela se dit comme la vérité
de l'existence - et il n'y a pas d'autre vérité. Socrate, puisqu'il sait seulement
cela : qu'il ne sait rien - est le patron des existants.
Heidegger parlait de Socrate comme du penseur le plus pur. La singularité
Socrate était donc pour Heidegger, la pureté incomparable de
la pensée Socrate. Sans doute parce que, n'ayant pas laissé de livre, il
se soustrayait à l'ordre commun de la corruption littéraire ; mais
d'autant plus exposé qu'ainsi soustrait. Exemplairement, le texte de
Platon est une exposition de Socrate. Pour nous, Socrate est donc un
signe. Sous le signe de Socrate, nous reconnaissons notre tâche comme
celle de penser à nouveau l'existence.
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