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L’exposition « La Haute Note jaune » conçue par Bice Curiger présente des artistes qui explorent, avec une liberté immense et des moyens d’expression personnels, la peinture en tant que médium permettant d’interroger les fron-tières. Dans une lettre souvent citée qu’il écrit à son frère Theo, Vincent van Gogh déclare avoir atteint durant l’été 1888 la « haute note jaune » dans sa pein-ture, et évoque combien il lui a été difficile d’en arriver là. Métaphore désignant un état d’âme nécessaire à la création, cette « haute note jaune » décrite par Vincent constitue également un objectif pictural et artistique. C’est pourquoi cette exposition de la Fondation Vincent van Gogh Arles ne présentera pas que des tableaux jaunes, mais des œuvres qui révèlent l’état particulier entretenu par certain·es artistes face au réel afin d’y puiser les intuitions nécessaires à leurs pratiques, comme un·e interprète lyrique ten-terait d’obtenir la plus haute note qui lui soit possible d’atteindre avec sa voix. La « haute note jaune » n’est pour autant pas uniquement un objectif tech-nique, ni seulement l’accomplissement personnel d’un·e artiste face à sa pratique. Elle décrit aussi un désir d’expressivité qui pourrait atteindre ses propres limites, sur le plan formel, idéel ou émotionnel, dans la jubilation heureuse ou dans la douleur et ce, jusqu’à l’explosion – comme dans l’aria de la Reine de la Nuit dans l’opéra La Flûte enchantée de Mozart : « La vengeance de l’Enfer bout dans mon cœur ». Van Gogh lui-même complète sa déclaration dans sa lettre par des vers du poète néerlandais Petrus Augustus de Génestet, issus de La Voie du cœur : « Je suis attaché à la terre / avec des liens plus que terrestres ». Nous connais-sons la manière dont Vincent a toujours pensé sa peinture en regard de la terre fertile et du ciel ; mais la foi de Van Gogh en la peinture seule ne résonne-t-elle pas dans ces vers ? Et pourrait-on remplacer « terre » et « ter-restre » par « peinture » et « pictural » ?Le catalogue Cette nouvelle publication bilingue proposera la reproduction de toutes les œuvres exposées, accompagnées d’un ensemble de textes éclectiques qui permettront d’éclairer et d’ouvrir les perspectives offertes par l’exposition – avec une introduction de la commissaire d’exposition Bice Curiger, deux essais inédits de l’écrivaine et plasticienne Fabienne Radi et du sociologue Nikolaj Schultz, et un long poème de Christian Prigent.