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La démocratie. Tout le monde s’en réclame ou la réclame. Le consensus quant à sa supériorité sur tous les autres systèmes politiques est quasiment unanime. Elle est synonyme de liberté, d’émancipation, et même de bonheur. Et pourtant. Depuis qu’elle est apparue, elle compte des ennemis acharnés. Aussi bien parmi les philosophes et les intellectuels que dans les rangs des élites politiques et économiques, la méfiance à l’égard du pouvoir populaire est tenace. La science politique, la sociologie et les institutions éducatives ont participé à la construction et à la légitimation de hiérarchies sociales, souvent sous couvert de rationalité ou de méritocratie. Les dispositifs contemporains de contrôle – think tanks, technocratie, surveillance, stigmatisation du « populisme » – tendent à neutraliser la participation populaire et à dépolitiser les enjeux collectifs. Le principal grief adressé à la démocratie est d’être instable. Alors que c’est très exactement ce qui la définit. La démocratie, en effet, n’est pas un régime abouti, mais un éternel processus. Dynamique, conflictuel, toujours en tension entre égalité et régulation, liberté individuelle et nécessité collective, et qui exige humilité, acceptation du conflit et remise en question permanente des rapports de pouvoir. En somme, ce n’est qu’en acceptant l’idée que la démocratie ne sera jamais véritablement achevée que nous deviendrons vraiment démocrates.
Benoît Schneckenburger est enseignant en philosophie.