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Naguère encore — avant la télévision et les mille mécaniques tueuses de la vie sociale — les villages d’Alsace veillaient, le soir tombé, en été devant les portes ouvertes sur la lourde chaleur de la plaine, l’hiver autour du grand poêle de faïence. Et les récits des anciens allaient bon train, d’un jadis déformé sans doute par la séculaire transmission orale ; mais vivant toujours comme si les événements ne dataient que d’hier. « In da àlta Zitta, s’esch àber lang har… ». Ainsi de la guerre des Rustauds, un jour longuement racontée. Dans la nuit des temps… Avant la guerre de Trente Ans et les ravages des Suédois… Terrible ! Des pendus en grappes tout le long des arbres de la route. Des paysans morts, en pile dans une fosse… Aujourd’hui encore le souvenir en demeure : il y a un lieu-dit dans la campagne, pas très loin, qu’on appelle « D Y Kuttelgràba » « La fosse aux tripes ». Bien plus tard, la mémoire du récit restée vivace, il vint à l’auteur l’envie d’évoquer, de faire revivre, de donner corps et âmes à tant d’anonymes oubliés, de reconstituer, autour d’une trame d’épisodes réels, et l’imagination aidant, ce qui fut l’une des pages les plus tragiques d’une Alsace tant de fois tragiquement secouée.