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C'est probablement dans La Fosse aux chiens que John Cowper Powys aura cédé le plus consciemment à ce qui est l'un des fantasmes majeurs de son oeuvre : exprimer sa propre folie à travers les folies de ses personnages. Ce qu'il exprimait fort bien dans une préface à la première édition de ce beau roman (The Inmates est de 1952) aussi violent dans son allégorie qu'il est serein dans sa conclusion : « J'ai tenté d'imaginer dans ce conte un groupe d'individus véritablement insensés, dont la fantastique, grotesque et comique extravagance n'est, après tout, qu'un élément de notre univers. » Autrement dit d' « exploiter sans retenue mes propres bizarreries ». Dans l'asile de Glint Hall, perdu dans la campagne anglaise – toujours sombrement et végétalement présente dans le livre –, un savant fou, le docteur Echetus (« bourreau d'hommes » en grec homérique) pratique la vivisection physique sur des chiens et morale sur les pensionnaires qu'il y recueille : John Hush, le héros fétichiste amoureux des boucles brunes de Tenna Sheer, elle-même habitée par la haine de son père ; Pantamount, « rescapé de l'Atlantide » et « vieille bûche battue pendant des millénaires par tous les océans du monde » ; M. Lordy, perdu dans son délire mystique ; le commandant Serius-Ocius qui interpelle dans la rue les membres de la Chambre des Communes; Çà et Là, les deux jumeaux dansants, etc. Tous ceux-là et les infirmiers et employés en tous genres qui ne se distinguent guère ici des patients, s'agitent et grouillent (à la manière powysienne : c'est-à-dire cherchant l'issue) au sein de cet univers fermé du Mal qui constitue ici la vivisection, hantés par la fosse où l'on jette les cadavres des chiens. Qu'en dire d'autre? Que le Mal aura, pour les deux héros amoureux, un ultime beau geste? Oui : ils s'enfuiront enlacés sur la banquette arrière d'une voiture « qui sent le furet » et ils se verront offrir, en guise de bienvenue dans le cirque ambulant où ils auront trouvé refuge, un bel épagneul noir.